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Comme un taureau dans l’arène

lundi 18 mars 2019


La tauromachie est-elle un art ou la mise en spectacle d’actes de torture contre un animal ? Tout dépend du point de vue, et il en est de même dans l’art de tuer les services publics et la fonction publique.

La corrida est une manifestation très codifiée qui se présente en trois actes, ou trois tercios.

Brutal et violent, le premier tercio ou tercio des picadors vise à enfoncer dans le cou du taureau de longues piques afin de lui faire mal, lui faire verser le sang, l’affaiblir, l’humilier, lui faire courber l’échine et lui montrer qui domine, qui est le boss !

Rappelons-nous du premier tercio dans la fonction publique, c’était sous la présidence de Nicolas Sarkozy et ça s’appelait la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) ! Les fonctionnaires, et avec eux la fonction publique, tel un taureau vif, prenaient les coups portés, violents, brutaux, mais la lutte était encore là. Comme les picadors, Sarkozy a planté son premier couteau dans le corps même de la nation, provoquant une hémorragie d’effectif d’agents publics, affectant tout le savoir faire de la fonction publique et la qualité de son service. Le président a alors quitté la scène politique, comme les picadors quittent l’arène, et comme ils le sont en général, sous de nombreuses huées.

Le deuxième tercio est l’œuvre des peones. Davantage appréciés du public, ils sont là pour poser sur le garrot de la bête, les banderilles, ces bâtons colorés qui brillent sous le soleil et ravissent la foule sur les gradins. Il n’en demeure pas moins que les extrémités de ces bouts de bois se terminent par un harpon qui reste accroché dans la chair du taureau. Lequel, à chaque saut qu’il fait pour s’en débarrasser fait virevolter la banderille, qui lui arrache alors à chaque fois un peu plus de chair, et l’affaiblit d’autant plus. Sans le coté rustre du picador, le peone veut mettre de la joie, du folklore, rassurer sous l’esthétisme des banderilles et montrer que ce n’est pas si cruel. Tout comme les mots du président François Hollande, faussement cajoleur avec le PPCR (Parcours Professionnels Carrières et Rémunérations), mais qui enfonçait profondément dans le flanc du service public les banderilles de la MAP (Modernisation de l’Action Publique). Après cela, tout comme certains taureaux qui épuisés, mettent un genou à terre, des pans entiers de la fonction publique sont à bout de souffle.

Puis arrive le dernier tercio, acclamé par la foule dans son habit de lumière, le Matador (littéralement le tueur) entre dans l’arène pour en finir. Une lutte entre l’homme et l’animal entend-on. Un animal, blessé, exsangue, à bout, dont les moyens de réagir ont été anéantis par les deux premiers tercios. Avec quelques tours de passe-passe, le Matador enchante la foule qui l’applaudit à tout rompre, celle-ci ne réalisant même pas qu’elle assiste à un spectacle funèbre dont l’issue est la mort. Mais, parfois, la surprise est de taille, la mort n’est pas celle du taureau mais celle du Matador. Drame, accident dira-t-on. Mais le taureau n’aura gagné que quelques secondes de répit car le Matador n’est pas seul et ses complices auront vite fait de finir la besogne dans l’obscurité du toril. Plus surprenant encore, il arrive que le taureau se rende compte que le problème n’est pas le Matador. Dans un saut du dernier espoir, il franchit les barrières et le callejón, couloir encerclant l’arène, pour atterrir dans les gradins, provoquant la panique dans la foule des aficionados, panique chez les complices. Oui des complices, car sans aficionados, sans ces agités, sans ces fous furieux, la corrida et le matador n’ont plus de raison d’exister.

Le dernier tercio de la fonction publique, animé par El Matador Macròn et ses deux banderilleros Darmanin et Dussopt, serait tout écrit : fin de toutes les instances (CAP, CTEP, CHSCT), remise en cause du mode de recrutement, abandons de missions. Oui, tel un taureau blessé il y a de quoi mettre un genou à terre après douze années de coups et d’attaques incessantes.

Mais la fonction publique doit relever la tête, montrer qu’elle vit encore, lutter pour elle-même et pour un service public de qualité que tous les citoyens sont en droit d’attendre.

À Météo-France, les coups ont été rudes, on voit des collègues plier le genou, courber l’échine. Pour autant il ne faut pas compter sur Solidaires-Météo pour attendre sagement l’estocade, ce coup qui achève la bête. Et si ce coup fatal devait advenir malgré tout, que tous les spectateurs-acteurs qui participent, accompagnent, applaudissent rendent possible ce démantèlement de Météo-France, et, disons le clairement, menacent aujourd’hui par leurs actions jusqu’à l’intégrité physique de ses agents, que tous ces peones, qu’ils soient Escamillo ou Caïn, sachent qu’alors, il y aura toujours un œil noir pour les regarder.


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